Les réseaux, c’est pas la vraie vie

J’ai souhaité faire le récit de mon expérience personnelle autour de la réputation des filles dans les quartiers populaires. Dans mon cas, ça a démarré sur les réseaux sociaux. Une information circulait sur moi au sujet d’une photo qui aurait été envoyée. Cette info a été relayée, accentuée et partagée. Nevers, c’est petit. Quand mon compte instagram a atteint les 10K de followers, forcément j’apparaissais sur le feed de tous les profils localisés sur la ville. Mes contenus sont divers : des lives, des réels visés, des situations, des
danses, … L’augmentation de ma notoriété a fait exploser cette rumeur. C’est arrivé alors que je fréquentais un autre centre social, pas celui de mon quartier. Ce centre est beaucoup plus fréquenté par des garçons. Tous plus âgés que moi. C’était l’année dernière, j’avais alors 13 ans. A mon arrivée, tout le monde a partagé cette rumeur, qui s’est répandue. J’ai perdu beaucoup d’amitiés féminines. Après l’été dans ce centre, je suis retournée au collège. A la rentrée scolaire, j’avais perdu toutes mes copines. Je n’avais plus aucune amie. J’étais seule. Pendant ce temps-là, le nombre de followers sur mon compte instagram continuait d’enfler. J’ai passé du temps à Paris, grâce à l’agence d’influence qui m’accompagne. J’y ai rencontré des Tiktokeurs, des influenceurs, des rappeurs, … On a dit que je cherchais le buzz. Le retour à Nevers a été très difficile. J’alternais entre la colère et la tristesse. J’avais une rage folle contre la personne qui a lancé cette rumeur. J’ai eu tendance à prendre la grosse tête au début, c’est vrai. J’aimais être appréciée et suivie. Mais même sans les réseaux, je pense que la situation des filles est la même dans beaucoup de quartiers, partout en France. Quand un mec plaît aux filles, c’est positif, il a la côte. A l’inverse, quand une fille plaît aux garçons, c’est une “pute”. Les insultes pleuvaient sur moi dans le quartier. Sans compter les remarques des professeurs en cours, les moqueries dans les couloirs,… Tout ce qui est fait sur les réseaux sociaux est repris dans l’enceinte de l’école. Pourtant, ce que je fais de ma vie ne regarde que moi. Aujourd’hui, je me sens mieux. Mon activité d’influenceuse me permet de prendre une forme de revanche. Plus on parle de moi, plus ça me donne de la force. L’influence génère de l’argent mais c’est irrégulier. Tant qu’on n’atteint pas les 300k d’abonnés, on n’en vit pas. Je le vis comme un loisir, un complément d’argent. C’est beaucoup plus simple pour moi depuis que j’ai intégré une agence. Je suis suivie par deux managers qui me conseillent pour les partenariats, les contenus, les vues, etc… C’est difficile de mettre tout ça en place ici à Nevers. Les restaurants le font peu, les magasins de vêtements non plus. Alors je fais souvent des aller-retours à Paris.

Ma vie sur les réseaux sociaux a évidemment impacté ma vie familiale. Mon père ne l’accepte pas du tout. Mais je suis têtue et quand je veux quelque chose, je l’obtiens généralement. Plus tard, je veux vivre en région parisienne et revenir de temps en temps au quartier. Je poursuis ma scolarité aussi, c’est important pour moi. Je tiens à garder une activité sportive. J’aime jouer dans l’équipe de foot féminine de la ville. Je veux être comme ma grand-mère plus tard, qui fait encore de longues randonnées. Les gens me disent sur les réseaux que je suis jolie, que j’ai de la chance, que j’ai une vie géniale. En façade, oui. J’ai grandi dans une jolie maison avec une piscine. Puis j’ai été abandonnée. Tout s’est écroulé. L’histoire des femmes de ma famille est une succession de violences subies.
Moi-même j’étais une enfant violente. Durant ma vie, j’ai vu quatorze psychologues. Aucun n’a réussi à me faire décrocher une phrase.


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